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09 mai 2008
Liban : la guerre civile reprend à Beyrouth

Des hommes armés de l'opposition chiite ont pris le contrôle de plusieurs quartiers de la capitale libanaise. Les affrontements ont déjà fait 11 morts et plus de 20 blessés. Pour le troisième jour consécutif, les combats ont repris vendredi matin à Beyrouth, entre sympathisants de la majorité antisyrienne et pro-israélienne et ceux de l'opposition, dont le camp chrétien du général Michel Aoun. De quoi faire craindre une nouvelle guerre civile au Liban, comme en témoigne la une du quotidien francophone L'Orient Le Jour : «Beyrouth-Ouest plonge dans la guerre des rues». «Pour la République toute entière, c'est tout autant, désormais une question de vie ou de mort», écrit également l'éditorialiste Issa Goraieb.
Vendredi, au lendemain du discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, sur une «déclaration de guerre» du gouvernement libanais, des hommes armés de l'opposition chiite ont pris le contrôle de plusieurs quartiers de Beyrouth. Des hommes du Hezbollah ont également mis la main sur la chaîne de télévision pro-gouvernementale, en exigeant l'interruption des programmes. «Des hommes armés ont encerclé l'immeuble de Future TV, dans le district de Sanayeh, à l'ouest de Beyrouth et ont demandé, via le commandement de l'armée, la fermeture de la chaîne», a affirmé Nadim Moulla, PDG de la chaîne propriété de la famille Hariri, Future News, très hostile aux Chiites et aux partisans de Michel Aoun. «On a décidé de confier l'affaire à l'armée», a-t-il ajouté. La télévision a cessé peu après de transmettre. Il s'en est suivie une démonstration de force qui a très vite dégénérée.
Toute la nuit et jusqu'à vendredi matin, des tirs d'armes automatiques et de roquettes de type RPG étaient entendus notamment dans l'Ouest de la capitale, où se concentrent les combats entre membres du Hezbollah qui dirige l'opposition et ceux du Courant du Futur, parti d'un pilier de la majorité de Saad Hariri, ouvertement soutenu par les Occidentaux, voir les Israéliens.
Plusieurs hommes armés étaient visibles dans les rues et sur les balcons des immeubles, alors que les rues de la capitale étaient quasi-désertes. Le trafic aérien est toujours paralysé.
Au troisième jour d'intenses combats de rue - les premiers du genre depuis la fin de la guerre civile en 1990 - on dénombre déjà 11 morts et plus de 20 blessés.

Réarmement des miliciens de Geagea
Cette situation était prévisible au regard d’éléments épars apparus ces derniers temps dans la presse régionale proche orientale et que l’on pouvait néanmoins percevoir avec un œil attentif. Ainsi, depuis deux ou trois mois, des informations concernant le réarmement des Forces libanaises du très pro-occidental Samir Geagea, nous étaient parvenues par ce biais. En effet, la FINUL maritime, composée pour l’essentiel d’éléments de la Kriegsmarine , avait intentionnellement laissé passer plusieurs cargos bourrés d’armes en provenance du port de Vlora en Albanie et à destination des quartiers chrétiens, en flagrante violation de l’embargo décrété par l’ONU sur les armes au Liban. Avec l’aide de services occidentaux, des anciens réseaux de Viktor Bout, trafiquant d’armes international arrêté le 6 mars dernier en Thaïlande par les Américains, et de réseaux liés à la mafia albanaise, la milice du chef chrétien serait en voie de reconstitution. Ainsi, l’effroyable explosion du dépôt d’armes albanais le 15 mars dernier (pas très loin de Vlora, au nord de Tirana, explosion très forte, entendue jusqu'à Durrès, à 20 kilomètres de là et dont le souffle a été ressentie dans la capitale), n’aurait été qu’une macabre mise en scène destinée à camoufler un vol d’armes sophistiquées fournies à Tirana par l’OTAN dans le cadre du Partenariat pour la Paix , armements qui se retrouveraient maintenant entre les mains des extrémistes des Forces libanaises.
Autre élément : depuis deux ans, l’armée libanaise et, notamment, sa composante chrétienne et ses éléments les plus anti-syriens, sont encadrés par des « conseillers » politiques et militaires américains, européens et même parfois israéliens. Plusieurs centaines de millions de dollars ont été investis par Washington pour moderniser et revaloriser des pans entiers de l’armée libanaise, fractions destinées à donner le change à un Hezbollah indompté depuis l’échec de l’opération militaire israélienne au Sud Liban à l’été 2006, officiellement destinée à réduire la milice chiite.
En octobre dernier, le sous-secrétaire américain à la Défense , intervenant dans le cadre de négociations sur la coopération militaire avec le Premier ministre du Liban Fouad Siniora, n'a pas caché que les Etats-Unis voulaient installer une base militaire dans ce pays. Eric Edelman, chargé des affaires politiques, a insisté sur l'intention de Washington d'établir des rapports de « partenariat stratégique » avec l'armée libanaise afin de la renforcer. Si un tel projet venait à aboutir, le Hezbollah n'aurait plus aucun motif de garder ses armes, indispensables dans sa lutte pour libérer les terres libanaises occupées par Israël et serait désarmé, au besoin avec l’aide de la FINUL présente en force au Liban Sud depuis un an.

La Syrie et l’Iran en ligne de mire
Ces événements interviennent justement au moment où la Russie entend faire du port syrien de Tartus une base d’accueil pour sa flotte de Méditerranée/Mer Noire et semble avoir déjà commencé des travaux destinés à accueillir les moyens adéquats pour défendre le port en cas d’agression. En juin 2007, on apprenait que la Russie allait aussi vendre à la Syrie des chasseurs MiG-29M/M2, selon Kommersant. Le montant total du contrat avec la Syrie sur les livraisons des MiG-31 et MiG-29M/M2 était évalué à un milliard de dollars, selon la même source. On évoquait aussi la livraison de quelques batteries sol-air Pantzyr S1-E et de S-300P. Même si Damas peut sembler avoir du mal à honorer financièrement de telles commandes d’armements, Israël prend ce réarmement syrien très au sérieux argumentant qu’une partie du matériel pourrait très vite se retrouver entre les mains du Hezbollah, à quelques miles du territoire hébreux. Et la présence de missiles antichars russes Metis-M et Kornet (dont les équipages de chars israéliens Merkava semblent avoir encore un souvenir ému) dans l’arsenal du Hezbollah à l’été 2006 n’a fait que conforter les craintes du haut-commandement de Tsahal.
De surcroît, deux stations ELINT de surveillance électronique, construites avec l’aide des Russes en Syrie, sont sur le point d’être opérationnelles. Stations d’écoute et d’espionnage principalement tournées vers le Liban, Israël et l’Irak occupé. Déjà, le 6 septembre dernier, une opération de la force aérienne israélienne sur le territoire syrien avait fait l’objet de multiples spéculations et, entre autres, la possibilité que Tel-Aviv ait tenté de tester le dispositif de défense sol-air syrien et les moyens de détection de Damas en prévision d’opérations à venir.
Ces événements interviennent aussi au moment où Téhéran semble de plus en plus impliqué dans les difficultés croissantes que rencontrent les Etats-Unis et leurs alliés en Irak face aux milices chiites de Moktada El-Sadr, alors qu’il y a quelques mois le Pentagone annonçait fièrement en avoir fini avec la dissidence armée des Chiites. Une situation à ce point critique que certains observateurs avertis évoquent déjà une guerre américano-iranienne de type asymétrique.
Un type de conflit de nouvelle génération qui pourrait bien se développer dans les prochaines semaines au cœur même de la capitale libanaise.
R. M.
10:18 Publié dans Géostratégie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liban, israel, politique, marine le pen, identité, syrie


